JUSTE DEUX DOIGTS !

« Les verres à pied ne sont pas à mettre entre toutes les mains. », prétendait-elle avec assurance. « En toutes circonstances, il faut savoir les manier de façon originale et élégante. », poursuivait-elle avec révérence. Ses affirmations résonnaient comme d’étranges confidences, comme d’enivrantes sentences, comme de troublantes clairvoyances. Fallait-il s’en méfier ou y déceler un second sens ? La réponse survint en toute fin de soirée, après l’avoir raccompagnée jusqu’à son appartement. Le fameux dernier verre fut alors évoqué sans équivoque. Ayant délicatement abandonné ses escarpins vermillon au bord du tapis persan, voluptueusement alanguie sur son canapé lie de vin, elle me pria de servir un capiteux Saint-Émilion, divin élixir qu’elle avait pris soin de faire chambrer à part. Tendant la tulipe cristalline comme jamais je n’aurais imaginé qu’il fut possible de le tenter, elle ajouta : « Juste deux doigts ! Les verres à pied mettent parfois la tête à l’envers »…

À LIVRE OUVERT

Morgane a décidé de donner un dernier coup de collier, ou plutôt de clavier, à l’écriture de son premier roman. Sous la forme de courtes vidéos, dont les deux premières sont relayées ici, elle explique comment se met en place la dernière phase de son projet. Il ne s’agit pas d’un livre de comptes, ni d’un livre de chevet, encore moins d’un livre de poche ou d’un livre d’or. Il serait plutôt question d’un livre de bord un peu spécial : un livre audio… visuel partageant son quotidien de jeune autrice et détaillant les ultimes étapes d’un travail parfois ingrat mais toujours enrichissant. Certains y verront une façon de conjurer le (mauvais) sort de la page blanche ou la hantise du hors-délais. Morgane préfère aborder cet exercice littéraire sous l’angle d’une stimulation supplémentaire et d’une motivation partagée.

ENTRE CHIEN ET CHAT

Par nature, le chat est un animal anticonformiste. Il manifeste toujours sa marginalité avec une certaine désinvolture et un esprit de contradiction assez sophistiqué, sans se départir pour autant d’une insolence très caractéristique, du genre fumer le calumet de la paix en déclarant la guerre…

AUTO-JUSTIFICATION

« I bought this before we knew Elon was crazy »

« J’ai acheté ça avant qu’on sache qu’Elon était fou »

Garée non loin du célèbre Cours Simon, à Paris, une voiture attirait régulièrement l’attention des passants ces dernières semaines. Certains s’arrêtaient pour prendre en photo l’arrière du véhicule. En s’en approchant, on pouvait aisément comprendre pourquoi. Représentant d’une profession artistique ou particulier doté d’un sens de l’humour certain, le propriétaire d’un modèle Tesla a apposé cet avertissement amusant à côté de la plaque d’immatriculation : « Je l’ai acheté avant que l’on sache qu’Elon était fou » ! Elon, c’est évidemment Elon Musk, pdg du constructeur automobile de voitures électriques depuis 2008… et personnage très controversé depuis quelques temps. Son implication politique aux côtés de Donald Trump et plusieurs controverses fâcheuses (salut nazi, conflits familiaux, racisme, misogynie, lgbt-phobie, diffamations, addictions, atteintes au droit du travail, amendes et procédures en cours…) ont sérieusement déteint sur la réputation de Tesla. L’entreprise, qui avait pourtant le vent en poupe avant toutes ces histoires, avait vu sa capitalisation fondre de moitié entre décembre 2024 et mars 2025 (passant de 1540 milliards de dollars à 775 milliards). Un comble pour celui qui s’était vanté de revitaliser l’économie américaine en réduisant massivement les dépenses gouvernementales grâce au DOGE (Département de l’Efficacité Gouvernementale), un cadeau empoisonné de son ex-ami Donald. Pour beaucoup, Elon est passé d’entrepreneur génial à savant détraqué. La précision humoristique apposée à l’arrière de la Tesla parisienne fait référence à tout ce contexte embrouillé. Elle affiche clairement un désaveu vis à vis des actions et du passé récent du milliardaire. Et peut-être aussi vis à vis de ses futurs écarts de conduite.

WONDERFUL RIOT WOMEN

Je m’apprêtais à passer un samedi soir mollasson, entre télévision anodine et pique-nique micro-ondable sur mon lit, quand, au détour d’un zapping désabusé, mon écran afficha le titre “Riot Women”, que l’on peut traduire par “Émeute de Femmes”. La première séquence n’avait rien de très funky. Fermette bucolique dans un suburb anglais, paumé entre Leeds et Manchester, intérieur un rien campagnard, corde en nylon tressé avec nœud coulant, lettre d’adieu sur le piano et tabouret à l’aplomb du lien macabre ; à l’évidence se dessinaient les prémisses d’un suicide par pendaison… Celui d’une prof sexagénaire au bout du rouleau et d’une vie cabossée par la solitude et les désillusions. Et puis le téléphone vibra, et avec lui l’improbable projet d’un groupe musical initié par une vieille amie. Et puis un générique punk-rock qui décoiffe vint éclabousser ce prélude bizarroïde en mêlant formes humaines solarisées et lettres écarlates…

(suite…)

FRANCE – ENGLAND